NouvElles Stories

Des rencontres, des séparation, des bribes de destin, des chemins de vie, histoires de femmes entre elles...

20 septembre 2007

Soleil au zénith…

A mi chemin entre le camp militaire et le club med se dessinent souvent les camps de base des entreprises implantées à l’étranger. Le camp de l’entreprise où travaille mon père n’y échappe en rien, il est semblable à tous ceux que j’ai connus dans mon enfance…

Mon père est cadre dans les Travaux Publics et a très tôt eu l’envie de parcourir le monde. Si je suis née en France c’est purement accidentel, juste parce que je suis née dans une période de transit, entre deux chantiers. Ma sœur aînée et mon frère cadet, eux, sont nés l’une en Afrique, l’autre en Asie ! Nous avons accompagné nos parents dans leurs voyages jusqu’au secondaire pour ma part. Si ma sœur et mon frère ont émis le souhait d’étudier par correspondance et de rester le plus longtemps possible avec mes parents, j’ai, très tôt, manifesté des velléités indépendantistes… A 14 ans, lors de mon entrée en Seconde, j’ai intégré l’internat d’un établissement privé, ne voyant plus alors mes parents que 15 jours à Noël et deux mois en été (un mois en France et l’autre dans leur terre d’accueil du moment). Ce fut évidemment un peu dur au début, mais très vite l’internat de ce strict lycée privé se révéla être une terre promise pour moi, qui connaissais mes premiers émois amoureux…

Et c’est très naturellement que je racontai l’été suivant à ma sœur, Virginie, de deux ans mon aînée, que j’avais pris de l’avance sur elle concernant les joies de l’amour. Et tout aussi naturellement, j’avais répondu à ses interrogations en lui racontant les nuits où, faussant compagnie à mes congénères de Seconde, je vivais de folles étreintes lascives dans le box qui leur faisait office de chambre, en compagnie de quelques unes de mes camarades de Terminale ou de Première…

Virginie, élevée dans ce cocon colonial-conservateur-bourgeois qui pesait sur ce type de camps, fut choquée par mes révélations mais s’abstint de tout commentaire, néanmoins quelque peu envieuse de ma prise d’avance…
Depuis, j’avais goûté aux corps des garçons pour voir, pour dire, mais j’étais vite revenue à mes premières amours : les filles !
Depuis, j’en avais tenu informé la petite famille qui s’était résolue à supporter bon gré mal gré cette infortune, tant que je ne l’affichais pas de trop !
J’ai aujourd’hui 23 ans et je viens de terminer mes études supérieures, je viens de revenir avec mes parents en Arabie Saoudite, à 50 km
de Riyadh, en plein désert, en ce début de mois d’août. 

Je viens d’arriver et profite allègrement du « Club » et de ses billards et baby-foots ainsi que de la piscine où je passe des heures à me prélasser. La seule ombre au tableau c’est le manque de compagnie… Les gens de mon age sont rares, et ce sont le plus majoritairement des hommes qui sont contraints à l’abstinence depuis bien trop longtemps pour s’intéresser à autre chose qu’à mon… Mais j’avoue que même s’ils ne m’attirent pas, les parades amoureuses des moins découragés par mon manque de « féminité » m’amusent au plus haut point.

Le soleil tape encore bien quand je m’aventure à la piscine vers 16h00, je suis d’ailleurs la seule inconsciente à m’y risquer ! Le soleil cogne d’ailleurs si fort que lorsque après une tête je retourne sur ma chaise longue et LA voit, je crois d’abord à un mirage, une hallucination suite à insolation.
Je ferme les yeux. Puis les ouvre à nouveau. Dans les films et dessins animés, en général cette manœuvre suffit à dissiper les mirages… pas là ! Mon mirage est toujours là. Non seulement il est toujours là mais son regard vient de s’accrocher à ma mine ébahie et mon regard halluciné…
Mon mirage à moi, ce n’est pas une oasis en plein désert (quoi que…) mais une femme en plein désert. Ce visage, je le connais. Ce regard vert il m’a hantée. Cette ligne m’a chavirée.

Je parviens enfin à articuler un mot, ce qui est héroïque vu mon état !
- Ben ça alors… !
Oui, je sais, c’est désolant… Avoir une Maîtrise de Lettres pour sortir une telle phrase, c’est à se demander si ça valait le coup que je fasse autant d’études ! C’est d’autant plus affligeant que mon mirage est ma prof de Français de 5éme-4éme au collège français de Pékin.
- Madame Delvallée… !
Elle me regarde et soudain son visage s’illumine, elle m’a reconnue.
- Frédérique… ?!
Eh oui… les littéraires que nous sommes, faisons très fort en matière de dialogue pour ces retrouvailles !
Tout naturellement elle se lève et m’embrasse, ce qui achève de me chavirer…
Evidemment, nous croyons bon de nous lancer dans de longues justifications quant à nos présences, ici, alors que bon, nous sommes dans un camp de base au beau milieu du désert et l’on devine pourquoi !
Sauf que, de mon côté des précisions se révèlent nécessaires quand elle croit judicieux de dire :
- Laisse moi deviner… tu t’es laisser séduire par un gars du BTP et te voilà marchant dans les pas de ta mère, à suivre un baroudeur du bâtiment… ?
Bon, là, il est évident que niveau déduction, ma belle prof de français et moins pourvue d’atouts qu’en matière de séduction… A quoi me sert donc mon androgynie, ce look garçonne que j’entretiens délicatement depuis des années si c’est pour me faire ainsi prendre pour une jeune « desperate housewive » par la première femme pour qui j’ai plongé ma main sous les draps pendant de longs mois ?!
Je reste longtemps sans lui décrocher un mot, happée par mes réflexions sur la façon la plus judicieuse de lui dire à quel point elle se trompe sans la vexer ni la brusquer. De plus, à sa décharge, on peut dire que mon maillot sport arena une pièce, bien qu’éloigné de tout frou-frou féminin n’est pas la plus jolie pièce de ma collection queer…
- Non… en fait, je prépare l’agreg et le calme du désert y est propice… donc j’ai décidé de venir squatter chez mes parents…
Elle me regarde, visiblement impressionnée et peut-être un petit peu secouée par le coup de vieux que je viens de lui flanquer, moi son ex petite quatrième…
Du coup j’ai embrayé sur plein de sujets culturels et l’après-midi est passée à une vitesse folle. Vers 18h00, elle me quitte pour aller se mettre aux fourneaux, m’invitant à venir prendre le café dés le lendemain.La soirée, la nuit et la matinée me semblent affreusement longues, une partie de mes rêves d’adolescentes va enfin se réaliser : je vais passer un moment seule avec elle…
Là, je peux compter sur ma tenue vestimentaire pour l’affranchir, un large pantalon de lin chocolat, assorti d’une chemise coloniale sable, des sandalettes, puis ma coupe de cheveux ultracourts dressés en bataille sur ma tête et mon bracelet brésilien aux couleurs du rainbow, offert par une conquête lors de la dernière Marche Parisienne achèvent d’afficher la couleur.
J’arrive pour 14h00 pile, et encore en marchant très, très lentement… Son bungalow est assez éloigné de celui de mes parents et je m’en réjouis d’avance.
Face à elle, à sa porte, je perds à nouveau tous mes moyens et me confonds en banalités affligeantes, prise entre mon désir d’user de mon charme et ma peur de faire fausse route. On ne se retrouve pas comme ça devant son 1er fantasme sans un pincement au cœur ni  même ailleurs…
Ce qui me rassure c’est que Bénédicte (eh oui ! j’ai dorénavant le privilège de connaitre son prénom et de l’appeler ainsi… même si le tutoiement tarde, lui, à venir naturellement…) ne semble guère plus à l’aise que moi.
Assises face à face, de part et d’autre de la table du salon, nous conversons, tentant de rattraper le temps perdu, de donner de la vie et des images à ces 10 ans qui nous ont séparées. Bénédicte a suivi son mari autour de la planète avec à chaque départ moins de conviction quant à cette vie d’ombre, surtout quand le lieu n’offrait pas de possibilité d’enseigner comme ce fut le cas à Pékin et comme ça l’est à Riyadh.
Moi, je raconte ma scolarité et mon indépendance, occultant un pan de ma vie qu’elle semble vouloir mettre à nu :
- Et il n’existe pas en France, un gentil garçon qui se languit de toi… ?
Non, décidément, elle n'est pas perspicace... Là, je n’ai plus le choix, il me faut dire ou mentir… Je n’hésite pas longtemps, je hais le mensonge.
- Non…
A vrai dire, il n’y a actuellement personne dans ma vie. Mais s’il devait y avoir quelqu’un ce serait plutôt : quelqu’une
Bénédicte ne parvient pas à soutenir le regard que je lui adresse enfin. Gêne ? Malaise ? Rejet ?
Comme pour enfoncer le clou ou mettre un mot clair sur mon insinuation, j’ajoute :
- Je suis lesbienne, en fait…
Ma déclaration l’amuse et elle m’adresse un large sourire.
- Me crois-tu si arriérée qu’il faille nommer l’évidence ?
- L’évidence ?
- Oui, « quelqu’une » avait suffisamment le mérite d’être clair… même pour une vieille de plus de 36 ans qui vit dans des endroits reculés de par le monde depuis 15 ans ! Et je t’avouerai, qui plus est, que tout compte fait, ça ne me surprend guère…
Là, elle titille ma curiosité, je me demande bien ce qui ne la surprend guère : que je la crois arriérée ou que je sois gouine ?
- Quoi donc ?
Une rougeur de gêne, comme l’on en a parfois après une phrase lâchée trop vite, vient empourprer ses joues.

- Ton homosexualité… je ne saurais dire pourquoi, mais elle ne me surprend que peu…
Elle s’arrête sur sa lancée et je sens bien que je n’en obtiendrai rien de plus, pour ma plus grande frustration. Je la regarde avec insistance, force son regard comme si j’y cherchais plus que sa douceur à mon égard. Elle détourne le sien, de plus en plus gênée, puis relance la conversation.

- Tu fais partie de ceux qui la croient innée ou acquise ?
- Je pense que l’on porte l’homosexualité en soi, de naissance ou d"éducation, je ne saurai dire... mais c'est un peu comme un gêne prédisposant que, le vécu, la confiance en soi, le milieu, l’éducation vont favoriser ou refouler son expression… Je crois qu’en choisissant l’indépendance à 14 ans, j’ai opté pour mon complet épanouissement… Rester avec mes parents dans des univers clos comme ici aurait sûrement conduit au refoulement…
- Oui, c’est possible… En même temps, je me dis que ces camps sont un terrain de chasse fabuleux pour une prédatrice de femmes…
C’est un véritable gynécée, pas l’ombre d’un homme de toute la journée, les femmes sont entre elles, partageant des activités et des moments d’intimité dont les hommes sont absents…
Nombre d’entre nous sont esseulées, délaissées voire déprimées par une vie où chaque semaine ressemble à la précédente… sans surprises…
Tu pourrais être « LA » surprise, le grain de semble inespéré dans un engrenage trop bien huilé…

Ne me dis pas que tu ne l’as pas senti… ?

Là, pour le coup, Bénédicte m’a complètement bouleversée, c’est un raz de marée en moi, tout cela est sorti avec une telle sincérité, comme si ma révélation venait de soulever la soupape d’une cocotte « d’éternité-minutée » dont le trop plein de pression s’échappait enfin. Elle a dit « nous » face à « déprimées, délaissées, esseulées, vies sans surprises », et « tu » face à « surprise, grain de sable inespéré »… Dois-je en conclure que ? Est-ce un trop bref raccourci... ? Que suis-je censée avoir senti… ?
- Sérieusement… ?
Ne me dis pas que tu n’as pas fait chavirer le cœur et les sens d’une parfaite hétéro dans ce camp ? Tu mentirais…
Je suis bouleversée par son insistance. Que suis-je censée en conclure ? Me tend-elle des perches que je me dois de saisir ou bien suis-je en train de fantasmer à mort comme il y a 10 ans… ?

- Je… je ne sais pas… Si c’est le cas, on ne m’en a pas informée…
- Ah oui… ? Et tu attends quoi ? Un communiqué de presse ? Une sérénade ?

Là, son regard est perçant, immobile, fixe, il me transperce de part en part, mon ventre irradie, mes mains tremblent… Là, je sens… Je crois que c’est ce que j’étais censée sentir… Elle me cherche ! C’est indubitable, là… !
Bon, d’accord, je sens… mais que suis-je censée faire ? Lui sauter dessus ? Oh ben non, j’ose pas… elle a été ma prof, tout de même ! Assez lâchement, je l’avoue, j’entreprends de me défiler… Il y a tout de même une marge d’erreur à ne pas négliger dans ce que j’ai compris de ce que j’étais censée comprendre… Je détourne mon regard un instant et quand je croise le sien à nouveau, les papillons qui viennent d’éclore dans mon ventre se mettent à danser une espèce de sarabande rituelle à la limite des transes, je crois car il me devient très difficile de me concentrer sur autre chose.
Alors, puisqu’on en est aux révélations, à moi d’en rajouter une louche, elle ne s’en tirera pas à si bon compte !

- Tout ce que je sais, moi, c’est que parfois dans une puberté délicate, aux moults questionnements et doutes, une femme a priori hétéro peut aussi être un grain de sable qui bouleverse tout et en même temps révèle ces coins d’ombre, ces incompréhensions qui la peuplaient. Des sentiments et sensations nouveaux jaillissent et expliquent enfin ce désintérêt pour l’autre sexe…
Et cette femme, surtout si elle est emplie de charme et prof de français quand l’on est littéraire comme je le suis, devient votre premier amour à son insu…

Ce coup ci, c’est moi qui semble l’avoir touchée, son regard brille d’émotion, je ne l’épargne pas pour autant.
-  C’est très troublant de vous retrouver aujourd’hui et de pouvoir vous dire : je suis devenue enfin au grand jour ce que vous m’avez révélé de mes ombres… 
C’est troublant d’être face à vous dix ans plus tard et de pouvoir vous dire merci pour ces fantasmes que vous avez nourris, ces rêves que vous avez fait naître, ces nuits que vous avez habitées, ces sensations que vous avez suscitées…
Je n’ai pas tremblé, pas failli un seul instant, je la regarde émue de sentir son émoi grandir, émue de cette deuxième chance que la vie me donne, émue de lui faire part de ma reconnaissance. Les papillons ont du se reproduire entre temps car je me sens littéralement envahie, le ventre irradié par leurs danses tribales.
La bouilloire siffle, sauvée par le gong, Bénédicte se lève pour aller couper la plaque électrique, encore groggy de l’uppercut émotionnel qu’elle vient de se prendre. Je la suis pour l’aider ou la soutenir,  lui prodiguer les premiers soins, je ne saurais dire.
Devant la cuisinière, elle s’arrête, tourne le bouton de la plaque, puis reste un temps figée.

- Excusez moi si je vous ai choquée mais j’avais besoin de vous dire tout cela. Je voulais que vous sachiez tout ce que je vous dois, tout ce qui me lie à vous…
Elle se retourne enfin, le visage bouleversé, les mains tremblantes, incontestablement émue. 

- Je me suis si souvent demandé ce qui m’attachait à toi, pourquoi tu me hantais tellement, pourquoi je t’imaginais grandie et espérais te revoir enfin adulte.
Je me demandais ce que je mettais derrière ces sentiments qui me mettaient mal à l’aise… je m’interdisais d’y penser… Enfin… tu étais à peine adolescente et moi j’étais ta prof !
C’est à moi d’être bouleversée maintenant, l’attirance était réciproque et je n’imagine même pas à quel point ça doit être déstabilisant pour une femme de ressentir tout cela pour une gamine de 14 ans…
Le thé attendra encore, je la prend par la taille et l’attire à moi, soudant son corps au mien. Nos visages baissés sont prés à se toucher, je murmure :
- Ca y est… je suis adulte… le moment est venu…
Je sens son souffle aux bords de mes lèvres, sa peau contre la mienne, c’est encore plus fort que dans toutes mes fantasmagories.
Je happe les lèvres de Bénédicte et nos langues se mêlent avec fougue et volupté. Je sens son corps frissonner et moi, j’en ai mal au ventre de la désirer. Nous nous embrassons longuement dans la cuisine, puis mes mains s’enhardissent sur son corps, caressant sa nuque, son ventre, ses cotes, puis ses seins contre lesquels je m’attarde. Nos respirations deviennent plus courtes, saccadées, nous soupirons entre deux baisers. Je caresse toujours ses seins au travers de son chemisier qu’elle ouvre maladroitement pour m’inviter à m’aventurer sur sa peau nue. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, j’ai dégrafé son soutien-gorge et dénudé sa poitrine que je prends à pleines mains et à pleine bouche.

Bénédicte gémit, la poitrine soulevée par une forte respiration, son coeur battant à la chamade et alors que je continue à exciter ses seins, une main s’aventure dans son bermuda et lui arrache une longue plainte alors que je prends possession de toute ma main de son entrejambe au travers du tissu humide de sa culotte. Je la masse sans vergogne, prenant enfin possession de ce triangle interdit qui m’a tant fait fantasmer.
Elle m’aide à se débarrasser de ses vêtements et nue dans sa cuisine s’offre à moi, s’ouvrant à toutes mes initiatives, sans retenue. A genoux devant tant de charmes, j’ouvre l’arc de ses cuisses pour y enfouir mon visage et échanger avec elle le plus intime des baisers, usant et abusant de l’agilité et de la dextérité d’une langue que j’ai pris soin d’entraîner avant, pour la pousser à défaillir. Adossée à ses meubles de cuisine équipée suédois, ne reposant sur le sol que d’un pied, Bénédicte se cramponne d’une main à la poignée d’un tiroir et de l’autre à ma nuque.

Comme c’est bon, bien meilleur que dans tous mes fantasmes, je goûte sa chair palpitante pour de vrai, j’hume ses parfums les plus intimes pour de bon et lui donne du plaisir en vrai… Elle gémit et soupire alors que mes fantasmes, eux, étaient muets…
Je crois bien que jamais je n’ai pris tant de plaisir à pratiquer un cunnilingus, cet instant est magique, tout mon être n’est plus voué qu’à une seule mission : la faire jouir !
Une main est venue rejoindre ma bouche, l’explorant aussi, titillant les zones délaissées par ma langue et l’autre masse toujours des seins bien plus tendres et réactifs que dans mes rêves. Et puis de deux doigts accolés, le grain de sable que je suis pénètre dans un engrenage bien huilé et il ne faut plus longtemps pour que la surprise explose au beau milieu de la cuisine dans de violents spasmes et un cri rauque.
C’est si fort en émotions cet orgasme que je n’ose espérer depuis dix ans que des larmes coulent sur mes joues, alors que Bénédicte s’est à son tour laissé tomber à genoux prés de moi.

Elle m’embrasse, le regard bouleversant de reconnaissance, comme si elle comprenait enfin ce qui la soudait à moi depuis tant de temps, ce fil indicible à l’époque, ce désir sous-jacent, cette attirance mutuelle que nous avons transféré toutes deux dans mon apprentissage des lettres. Des livres partagés comme des caresses, des définitions apprises comme des serments, des dissertations écrites et lues comme autant de déclarations, deux années où la langue nous avait déjà liées…

Déjà j’essaie d’imaginer le tome 2 et je frissonne, que peut-il arriver de mieux, d’aussi fort que ce qui vient de se produire ? Ne devrai-je pas fuir déjà, passant outre le désir qui me ronge encore les entrailles et l’émotion qui me submerge ?
Bénédicte doit lire dans mon mutisme, mes tergiversations, car elle me ramène à elle, au moment présent.
- Je ne saurais plus m’arrêter maintenant, de vivre ce que tu m’as fait découvrir…
Elle joint le geste à la parole en ouvrant un à un les boutons de ma chemise, sans oser toucher ma peau, palpitante de désir.
- Je me sens si maladroite…
Ses mains s’enhardissent enfin sur ma peau, c’est intolérablement frustrant le temps qu’elle prend à me découvrir.
Etendue sur le linoléum de la cuisine, je perçois par la fenêtre, dans ce ciel d’un bleu que l’on ne voit qu’ici, le soleil au zénith… comme je m’apprête à l’être à mon tour dans quelques instants…

Posté par Vero72 à 21:34 - Nouvelles - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 septembre 2007

Page blanche

Page blanche.

Idées noires, rouges, vertes.

J'ai le cerveau en ébullition. Comme une écume qui doit jaillir de mon stylo.

J'ai besoin d'écrire. Nécessité vitale.

Me vider la tête. Trop plein à évacuer.

Et mon inspiration se bloque, mes idées se brouillent. Je connais la rage.

Rage de vivre.

Rage du silence.

Rage de la page blanche.

Mon stylo reste muet.

Ma tête va exploser. Mon sang bat à mes tempes.

Poussée d'adrénaline.

Manque.

Crise de manque.

Et cette encre qui ne coule pas.

Stylo stérile.

 

Page blanche.

Mes veines se gonflent.

Mon esprit se noircit.

Tant de choses à exprimer.

Et ce stylo qui reste figé face au papier.

J'ai l'âme d'un tueur. Un tueur qui ne pourrait pas appuyer sur la gâchette.

Je dois vider mon chargeur...

 

Ecrire!

Cette page blanche qui me nargue... je dois la noircir.

Rage.

Et soudain! Une délivrance extatique s'empare de moi.

Mon stylo s'est mis à courir sur le papier. 

J'écris!

Les mots se bousculent.

Fièvre.

Oui, maintenant je sais ce que veut dire "plaisir éjaculatoire d'écrire"...

Enfin, je vide mon chargeur, la rage s'amplifie jusqu'à plus soif.

 

L'inspiration est si fragile, il ne faut pas la laisser se briser.

La moindre hésitation, la moindre interruption peuvent lui être fatales.

Je ne lâche pas mon stylo, il court le long du fil de mes pensées.

La rage disparaît.

Accouchement sans douleur.

Prolonger l'instant.

Jouissance délicate.

Soudain, le stylo s'arrête, s'immobilise.

Besoin comblé.

Chargeur vidé.

Je suis délivrée.

En attendant la prochaine crise...

Posté par Vero72 à 23:46 - Envolées... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Les Affres de la Création 2 & 3

Chapitre 2 - mercredi 18 novembre -

Cette nuit là, Mathilde a beaucoup de mal à s'endormir, tant la rencontre de cette fille l'a pertur­bée. Elle a hâte de se mettre à l'ouvrage avec ce modèle qui l'a fait rêver dés ses 13 ans. Le jour où elle avait vu cette reproduction d'infante dans le premier livre d'art qu'elle s'était acheté. Le déclic de sa passion. Le visage de la fille avait hanté ses rêves. Et le lendemain, elle se demande encore si la rencontre était pur fruit de son imagination, elle semblait si irréelle… Fantasmagorique.

Un bol de café noir avalé, Mathilde s'empare d'un fusain et dessine avec fébrilité le visage de cette fille réelle ou imaginaire : « l'Infante au Regard Métal ». C'est ainsi qu'elle nomme son portrait exécuté dans l'urgence, par peur de perdre le moindre détail. 
Mathilde est très agitée, c'est pour elle le moment tant attendu. Elle va enfin avoir pour elle seule le modèle dont elle rêve. Elle a l’intime sensation que seul ce modèle sera capable de lui faire prouver son talent.

A 16h00 tapantes, Mathilde s'attend à entendre frapper à la porte, mais elle n'en­tend rien, pas plus qu'à 16h05 ou 16h15... Déception.
Son agitation l’excède, elle se fait horreur en midinette excitée comme une puce à l'approche de son premier rendez-vous… Pitoyable !
Elle commence à croire qu'elle a été victime d'une hallucination due aux effluves d'alcool ou de shit, la veille... Et c'est à ce moment précis, où elle ne s’attend plus à recevoir cette visite, que l'on sonne.
Mathilde sent son rythme cardiaque s'accélérer à l'instant où elle ouvre la porte. Elle est là devant elle, son visage gracieux affichant un large sourire. A la lumière crue du néon du couloir, Mathilde est encore frappée par la beauté et la régularité des traits fins de ce visage. Angélique.


Après un jovial bonjour, la fille ne s’attarde pas en excuses sur son retard arguant que les bus, dans son coin, ce n’est pas ça ! Mathilde ment que ce n’est pas grave, d’ailleurs elle est toute pardonnée... Mal à l'aise, Mathilde s'efface pour la laisser entrer puis l'observe qui détaille le « living-atelier », admirant au passage les croquis, dessins, fusains, aquarelles et peintures dont « l'Infante au Regard Métal », encore sur sa planche à dessin. Mathilde se demande si la fille reconnaît son visage couché sur le papier grâce à l’alliage d’un bon fusain et d’une forte dose de talent. Elle a la réponse rapidement quand la fille tourne vers elle un visage mêlant émotion et admiration.
- C'est vraiment très troublant...
J'étais bien loin d'imaginer que tu étais si douée...

Mathilde ne s'est toujours pas détachée de l’entrée et elle observe la fille se débar­rasser de sa veste et s'asseoir sur son canapé. Elle est redressée sur les coudes avec nonchalance et observe Mathilde, tout aussi affairée à l’analyser. Ce contraste violent entre la glace et le feu est renforcé par le contraste entre la féminité de tout son être et la masculinité de sa tenue vestimentaire. Après quelques minutes, la muse décide d’extraire Mathilde de sa torpeur, demandant ce qu’on fait, maintenant. La question surprend Mathilde, la tirant de sa contemplation et de ses confuses pensées.
- Tu veux que je pose comment ? J'attends tes instructions...
- 
Je... je n'ai pas de grandes exigences... juste... que tu te tiennes droite et que tu ne bouges plus trop jusqu'à ce que je te le dise…

La fille s'exécute alors que Mathilde installe un nouveau carton sur la planche sans plus se préoccuper d’elle.
- Le moins que l'on puisse dire, c'est que tu n'es vraiment pas plus loquace que curieuse...
Tu as passé un bail à m’observer hier… tu me dessines… tu me fais venir chez toi… tout ça, sans même te soucier de savoir qui je suis, quel est mon prénom…

Mathilde relève la tête, un sourire gêné et timide aux lèvres, qui semble l'excu­ser, sans qu'elle ait besoin de parler. Soudain, contre toute attente, son regard se plante dans celui de son modèle et elle lui demande son prénom.
- Emmeline...
Emmeline sourit alors que Mathilde, repartie dans son « cosmos » se met à l'ouvrage, relevant la tête de temps à autre pour observer sa muse stoïque. Pour une première fois, le modèle s'en tire plutôt bien. Mathilde ne cesse de se réjouir intérieurement de cette rencontre dont, elle en est sûre, elle va pouvoir nourrir et même ressourcer sa peinture.

Emmeline est fascinée par la façon de dessiner de Mathilde. Ses gestes amples et rapides Sa concentration muette. A vrai dire, c’est la première fois qu’elle observe un artiste à l’œuvre mais elle a la ferme conviction que Mathilde a du génie. Cela transparaît dans sa manière de dessiner.
Elles restent longtemps sans parler, puis Mathilde rompt enfin le silence pour lui demander ce qu’elle fait dans la vie.
- Plein de choses... Logiquement, je devrais être quelque chose comme chargée de com’ dans une collectivité quelconque…
Mathilde a un regard surpris, c'est le « logiquement » qui l'intrigue.

- C’est ce que j’ai fait comme études, mais ça me gave un peu la com’, en ce moment … alors je fais des petits boulots… cours de danse, gym…

- Tu comptes faire quoi ?

- Pourquoi ? C’est important ? Je vis, non ? Et vivre, de nos jours, ça me semble déjà être un programme conséquent...

Mathilde la fixe en souriant, étonnée que le destin les aie guidées à cette soirée ratée où elles n'avaient leur place, ni l'une, ni l'autre.

Emmeline se remet à observer Mathilde. Son regard mobile sur la feuille, se plis­sant de temps à autre. Une ride assombrissant parfois son front. Et ses dents mordillant tour à tour son crayon et ses lèvres. Miracle de l'Art...

Emmeline sent chez Mathilde un fort côté rêveur, lunaire, qui tranche avec cet air qu'elle a de toujours dépasser les apparences. Comme si elle pouvait discerner autre chose que ce que son œil perçoit... Et elle devine aussi les nombreux moments d'absence de Mathilde. Ces moments où le regard se fixe pour mieux libérer l'inspiration. Mathilde surprend avec embarras le regard d'Emmeline, comme l'arroseur arrosé... Démoniaque.

- C'est fascinant de te voir dessiner... un jour, je te photographierai...

Mathilde a un sourire fugace puis se replonge dans son dessin. Elle ne doit pas ju­ger utile d'ajouter quoi que ce soit : paresse ou mystère ? Dans tous les cas, Emmeline se sent vraiment captivée par ce personnage, cette person­nalité.

 

Chapitre 3 - samedi 21 novembre -

Trois jours après la première séance qui a terminé dans la soirée, Emmeline revient chez Mathilde. Elle est une telle source d'inspiration que Mathilde ne se lasse pas de la dessiner ou la peindre, selon son humeur du moment. Les séances sont quasi silencieuses, comme si elles se pas­saient de tout commentaire. En fait Emmeline respecte trop la concentration de Mathilde pour risquer de la briser. Le seul son qui emplit l’atmosphère est la musique « New-Age » qui apparente les gestes de Mathilde à une chorégraphie lente et féerique.

Alors Emmeline, ayant compris que lors de ces séances, elle ne pourra faire plus ample connaissance avec elle, dépas­ser ce simple échange professionnel et lui donner un peu plus de sentiment,  lui a fixé rendez-vous à la Pépinière un samedi après-midi.

Mathilde attend Emmeline prés du kiosque, croquant distraitement un cra­cheur de feu, sur ce bloc à dessin qu'elle ne quitte pas plus qu'un businessman ne lâche son portable. Emmeline ne tarde pas et après une bise sur chaque joue, se laisse entraî­ner par le dynamisme de l'artiste.

- Tu veux faire quoi ?

Mathilde lui adresse un sourire désarmant.

- Pourquoi les gens veulent-ils toujours « faire quelque chose » ? Pourquoi les gens ne se contentent-ils jamais de profiter de la compagnie d'autrui, sans avoir forcément besoin de faire quelque chose... ? On peut « être » sans « faire », non ? « Etre » ça ne suffit pas ?

- Alors tu proposes quoi ?

Leurs pas les mènent prés de la Place Saint-Epvre et elles s'installent sur les mar­ches de la Basilique. Mathilde rompt le silence pour interroger Emmeline sur ses racines, ses origines géographiques. Emmeline est du cru, une Lorraine de souche, Nancéienne d’adoption. Mathilde, elle, est des environs de « B'sançon », comme elle dit avec des restes d’intonation de cet accent trainant que cinq années à Nancy ne lui ont pas tout à fait ôté…

Emmeline s'étonne qu’elle n'ait pas fait les beaux-arts à Besançon, alors Mathilde lui explique que sa sœur de deux ans son aînée, Camille, était en école d'architecture en banlieue Nancéienne quand elle passait son bac. L'occasion était trop belle pour les deux sœurs, si complices, de partager un appartement ensemble. Les études de Camille s'étant achevées l'année précédente, Mathilde se retrouve maintenant seule dans ce grand appartement de Villers-lès-Nancy qu’elle paye grâce à la pension allouée par ses parents pour financer ses études.

Emmeline, elle, vit dans un studio au « Haut-du-L »... pas cher, mais pas très bien desservi par les bus… un peu chiant pour sortir le soir... D’autant qu’elle sort pas mal, entre la danse, la muscu, les concerts, les boites et les soirées privées... elle sort presque tous les soirs… Les sorties de Mathilde, c'est des expos, des vernissages, des musées, cafés-concerts, billard et parfois une soirée ratée grâce à Axelle ! Emmeline ne peut réprimer une moue frustrée.

Mathilde sourit tristement, comprenant les années-lumière qui les séparent. Il y a un temps mort dans la conversation, puis Mathilde se lève et intime Emmeline d'en faire autant. Sans un mot, elle la guide jusqu'à sa voiture.

-  Tu m'emmènes où ?

-  Tu verras... Un endroit qui me ressemble...

Le laconisme de Mathilde ne souffre aucune question supplémentaire, alors Emmeline n'insiste pas et se contente de la suivre. Arrivées au parking de Thermal, Mathilde se gare et alors qu’elle craint de se retrouver à la piscine municipale, dans un maillot de location, Emme­line est rassurée de découvrir le « Musée de l'Ecole de Nancy ».

Les guides et le conservateur saluent Mathilde, ils la connais­sent pour l'avoir souvent vue et pour avoir été questionnés avec avidité, des heures durant. Mathilde est littéralement fascinée par l'architecture, le mobilier, les pâtes de verres et autres « lampes-champignon » bref tous les objets de cette période du début du siècle. Elle voue une admira­tion sans bornes à Grüber, Majorelle, Vallin, Gallé et Prouvé, pour leur talent, leur imagination et leur profil novateur et visionnaire. Emmeline suit son amie et ses explications passionnées, elle est émerveillée par le charme des lieux et éblouie par l'engouement de Mathilde, passionnée et exaltée.

Aucun mot ne suffit à exprimer sa fascination pour l’Art Nouveau, depuis qu’elle a découvert, en cours sa plus belle ramification française, à son goût: l'Ecole de Nancy... Elle lui propose de l’emmener voir ce qui lui semble être le temple de l'Ecole de Nancy, la « Villa Majorelle ».

- C'est un bijou d'architec­ture et d'ébénisterie... un enchantement pour les yeux... cette demeure, j’en rêve !

Vers 19h00, Emmeline, ayant visiblement rancard à une soirée, quitte Mathilde, lui promettant de revenir poser pour elle le lundi en fin d’après-midi. Lâchement abandonnée pour la soirée, Mathilde se rend chez Axelle, qu’elle n’a pas encore revue depuis la soirée de l’E.S.C.A...

- Ah ! Mathilde ! Ça fait plaisir de te voir ! Entre !
J'ai essayé de t'appeler cette après-midi, désespérément...

Mathilde entre dans le petit studio de son amie et s'effondre sur le canapé, se contentant de dire qu’elle s’est baladée, qu’elle est allée au Musée de l'Ecole... Axelle la regarde, effarée, lâchant un « Encore ?! » sidéré.
Encore en état de grâce, Mathilde se lance dans une allocution emphatique sur le côté tellement superbe du musée dont on ne peut ressortir que bien... détendu, zen...
- T'as pas idée... De toutes façons, tu ne peux pas comprendre, tu n’as jamais voulu y venir !

- Tu sais, moi, les musées... !

Mathilde la toise d'un air navré et Axelle regarde son amie, amusée, lançant que décidément elles n’ont pas les mêmes valeurs ! L'artiste et la commerciale... La métaphore amuse Mathilde qui se tourne vers Axelle en souriant, lui disant qu’elle l'aime bien quand même...

- Bon, au fait, ton trip Art Nouveau, tu te l'es pas faite toute seule, quand même ?!

- Non... J'ai passé l'après-midi avec une amie...

Axelle rejoint Mathilde sur le canapé, avec une pointe de jalousie dans la voix, décidée à savoir qui est cette « amie ».
- Emmeline...
Ça ne suffit pas à Axelle, ce simple prénom… Emmeline comment ? Elle veut en savoir davantage mais Mathilde n’en connaît guère plus, juste qu’elle a fait sa connaissance à la soirée de l'E.S.C.A... Etonnement d’Axelle qui n’a pas remarqué que Mathilde avait sympathisé avec une fille à la soirée. Mathilde ne peut s’empêcher de faire remarquer à son amie que ça ne la surprend guère, qu’Axelle était beaucoup trop occupée... Axelle croise le regard moqueur de Mathilde, l’associant aux bribes de souvenir d’une soirée qui aurait pu se terminer au plumard avec un inconnu si Mathilde n’avait pas joué son rôle de chaperon… Elle préfère changer de sujet et revenir à cette Emmeline.
- Elle a posé pour moi...
- 
Tu te paies des modèles, toi, maintenant ?... Les fonds sont en hausse !
- 
Non... Je ne paie pas...

Axelle appuie son menton sur l'épaule de Mathilde lui demandant si elles sortent ou bien si elle délaisse totalement sa meilleure amie pour une autre. Mathilde sourit de la jalousie d’Axelle, dont elle a déjà eu maintes et maintes preuves, déjà ! Elle la regarde et son « regard de cocker battu », comme elle le nomme, attendrit Mathilde. Elle entoure Axelle de son bras et la serre contre elle, lui rappelant qu’elle sera toujours sa meilleure amie bien qu’elle soit une « immonde casse-couilles » !
- On va faire un pool au Victoria...

Mathilde se redresse alors, laissant tomber Axelle, appuyée sur son épaule. La compagnie de la bande ne l'enchante guère, mais elle accepte pour faire plaisir à son amie. Axelle se lève précipi­tamment comme si elle craignait que Mathilde ne change d'avis.

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