NouvElles Stories

Des rencontres, des séparation, des bribes de destin, des chemins de vie, histoires de femmes entre elles...

20 septembre 2007

Soleil au zénith…

A mi chemin entre le camp militaire et le club med se dessinent souvent les camps de base des entreprises implantées à l’étranger. Le camp de l’entreprise où travaille mon père n’y échappe en rien, il est semblable à tous ceux que j’ai connus dans mon enfance…

Mon père est cadre dans les Travaux Publics et a très tôt eu l’envie de parcourir le monde. Si je suis née en France c’est purement accidentel, juste parce que je suis née dans une période de transit, entre deux chantiers. Ma sœur aînée et mon frère cadet, eux, sont nés l’une en Afrique, l’autre en Asie ! Nous avons accompagné nos parents dans leurs voyages jusqu’au secondaire pour ma part. Si ma sœur et mon frère ont émis le souhait d’étudier par correspondance et de rester le plus longtemps possible avec mes parents, j’ai, très tôt, manifesté des velléités indépendantistes… A 14 ans, lors de mon entrée en Seconde, j’ai intégré l’internat d’un établissement privé, ne voyant plus alors mes parents que 15 jours à Noël et deux mois en été (un mois en France et l’autre dans leur terre d’accueil du moment). Ce fut évidemment un peu dur au début, mais très vite l’internat de ce strict lycée privé se révéla être une terre promise pour moi, qui connaissais mes premiers émois amoureux…

Et c’est très naturellement que je racontai l’été suivant à ma sœur, Virginie, de deux ans mon aînée, que j’avais pris de l’avance sur elle concernant les joies de l’amour. Et tout aussi naturellement, j’avais répondu à ses interrogations en lui racontant les nuits où, faussant compagnie à mes congénères de Seconde, je vivais de folles étreintes lascives dans le box qui leur faisait office de chambre, en compagnie de quelques unes de mes camarades de Terminale ou de Première…

Virginie, élevée dans ce cocon colonial-conservateur-bourgeois qui pesait sur ce type de camps, fut choquée par mes révélations mais s’abstint de tout commentaire, néanmoins quelque peu envieuse de ma prise d’avance…
Depuis, j’avais goûté aux corps des garçons pour voir, pour dire, mais j’étais vite revenue à mes premières amours : les filles !
Depuis, j’en avais tenu informé la petite famille qui s’était résolue à supporter bon gré mal gré cette infortune, tant que je ne l’affichais pas de trop !
J’ai aujourd’hui 23 ans et je viens de terminer mes études supérieures, je viens de revenir avec mes parents en Arabie Saoudite, à 50 km
de Riyadh, en plein désert, en ce début de mois d’août. 

Je viens d’arriver et profite allègrement du « Club » et de ses billards et baby-foots ainsi que de la piscine où je passe des heures à me prélasser. La seule ombre au tableau c’est le manque de compagnie… Les gens de mon age sont rares, et ce sont le plus majoritairement des hommes qui sont contraints à l’abstinence depuis bien trop longtemps pour s’intéresser à autre chose qu’à mon… Mais j’avoue que même s’ils ne m’attirent pas, les parades amoureuses des moins découragés par mon manque de « féminité » m’amusent au plus haut point.

Le soleil tape encore bien quand je m’aventure à la piscine vers 16h00, je suis d’ailleurs la seule inconsciente à m’y risquer ! Le soleil cogne d’ailleurs si fort que lorsque après une tête je retourne sur ma chaise longue et LA voit, je crois d’abord à un mirage, une hallucination suite à insolation.
Je ferme les yeux. Puis les ouvre à nouveau. Dans les films et dessins animés, en général cette manœuvre suffit à dissiper les mirages… pas là ! Mon mirage est toujours là. Non seulement il est toujours là mais son regard vient de s’accrocher à ma mine ébahie et mon regard halluciné…
Mon mirage à moi, ce n’est pas une oasis en plein désert (quoi que…) mais une femme en plein désert. Ce visage, je le connais. Ce regard vert il m’a hantée. Cette ligne m’a chavirée.

Je parviens enfin à articuler un mot, ce qui est héroïque vu mon état !
- Ben ça alors… !
Oui, je sais, c’est désolant… Avoir une Maîtrise de Lettres pour sortir une telle phrase, c’est à se demander si ça valait le coup que je fasse autant d’études ! C’est d’autant plus affligeant que mon mirage est ma prof de Français de 5éme-4éme au collège français de Pékin.
- Madame Delvallée… !
Elle me regarde et soudain son visage s’illumine, elle m’a reconnue.
- Frédérique… ?!
Eh oui… les littéraires que nous sommes, faisons très fort en matière de dialogue pour ces retrouvailles !
Tout naturellement elle se lève et m’embrasse, ce qui achève de me chavirer…
Evidemment, nous croyons bon de nous lancer dans de longues justifications quant à nos présences, ici, alors que bon, nous sommes dans un camp de base au beau milieu du désert et l’on devine pourquoi !
Sauf que, de mon côté des précisions se révèlent nécessaires quand elle croit judicieux de dire :
- Laisse moi deviner… tu t’es laisser séduire par un gars du BTP et te voilà marchant dans les pas de ta mère, à suivre un baroudeur du bâtiment… ?
Bon, là, il est évident que niveau déduction, ma belle prof de français et moins pourvue d’atouts qu’en matière de séduction… A quoi me sert donc mon androgynie, ce look garçonne que j’entretiens délicatement depuis des années si c’est pour me faire ainsi prendre pour une jeune « desperate housewive » par la première femme pour qui j’ai plongé ma main sous les draps pendant de longs mois ?!
Je reste longtemps sans lui décrocher un mot, happée par mes réflexions sur la façon la plus judicieuse de lui dire à quel point elle se trompe sans la vexer ni la brusquer. De plus, à sa décharge, on peut dire que mon maillot sport arena une pièce, bien qu’éloigné de tout frou-frou féminin n’est pas la plus jolie pièce de ma collection queer…
- Non… en fait, je prépare l’agreg et le calme du désert y est propice… donc j’ai décidé de venir squatter chez mes parents…
Elle me regarde, visiblement impressionnée et peut-être un petit peu secouée par le coup de vieux que je viens de lui flanquer, moi son ex petite quatrième…
Du coup j’ai embrayé sur plein de sujets culturels et l’après-midi est passée à une vitesse folle. Vers 18h00, elle me quitte pour aller se mettre aux fourneaux, m’invitant à venir prendre le café dés le lendemain.La soirée, la nuit et la matinée me semblent affreusement longues, une partie de mes rêves d’adolescentes va enfin se réaliser : je vais passer un moment seule avec elle…
Là, je peux compter sur ma tenue vestimentaire pour l’affranchir, un large pantalon de lin chocolat, assorti d’une chemise coloniale sable, des sandalettes, puis ma coupe de cheveux ultracourts dressés en bataille sur ma tête et mon bracelet brésilien aux couleurs du rainbow, offert par une conquête lors de la dernière Marche Parisienne achèvent d’afficher la couleur.
J’arrive pour 14h00 pile, et encore en marchant très, très lentement… Son bungalow est assez éloigné de celui de mes parents et je m’en réjouis d’avance.
Face à elle, à sa porte, je perds à nouveau tous mes moyens et me confonds en banalités affligeantes, prise entre mon désir d’user de mon charme et ma peur de faire fausse route. On ne se retrouve pas comme ça devant son 1er fantasme sans un pincement au cœur ni  même ailleurs…
Ce qui me rassure c’est que Bénédicte (eh oui ! j’ai dorénavant le privilège de connaitre son prénom et de l’appeler ainsi… même si le tutoiement tarde, lui, à venir naturellement…) ne semble guère plus à l’aise que moi.
Assises face à face, de part et d’autre de la table du salon, nous conversons, tentant de rattraper le temps perdu, de donner de la vie et des images à ces 10 ans qui nous ont séparées. Bénédicte a suivi son mari autour de la planète avec à chaque départ moins de conviction quant à cette vie d’ombre, surtout quand le lieu n’offrait pas de possibilité d’enseigner comme ce fut le cas à Pékin et comme ça l’est à Riyadh.
Moi, je raconte ma scolarité et mon indépendance, occultant un pan de ma vie qu’elle semble vouloir mettre à nu :
- Et il n’existe pas en France, un gentil garçon qui se languit de toi… ?
Non, décidément, elle n'est pas perspicace... Là, je n’ai plus le choix, il me faut dire ou mentir… Je n’hésite pas longtemps, je hais le mensonge.
- Non…
A vrai dire, il n’y a actuellement personne dans ma vie. Mais s’il devait y avoir quelqu’un ce serait plutôt : quelqu’une
Bénédicte ne parvient pas à soutenir le regard que je lui adresse enfin. Gêne ? Malaise ? Rejet ?
Comme pour enfoncer le clou ou mettre un mot clair sur mon insinuation, j’ajoute :
- Je suis lesbienne, en fait…
Ma déclaration l’amuse et elle m’adresse un large sourire.
- Me crois-tu si arriérée qu’il faille nommer l’évidence ?
- L’évidence ?
- Oui, « quelqu’une » avait suffisamment le mérite d’être clair… même pour une vieille de plus de 36 ans qui vit dans des endroits reculés de par le monde depuis 15 ans ! Et je t’avouerai, qui plus est, que tout compte fait, ça ne me surprend guère…
Là, elle titille ma curiosité, je me demande bien ce qui ne la surprend guère : que je la crois arriérée ou que je sois gouine ?
- Quoi donc ?
Une rougeur de gêne, comme l’on en a parfois après une phrase lâchée trop vite, vient empourprer ses joues.

- Ton homosexualité… je ne saurais dire pourquoi, mais elle ne me surprend que peu…
Elle s’arrête sur sa lancée et je sens bien que je n’en obtiendrai rien de plus, pour ma plus grande frustration. Je la regarde avec insistance, force son regard comme si j’y cherchais plus que sa douceur à mon égard. Elle détourne le sien, de plus en plus gênée, puis relance la conversation.

- Tu fais partie de ceux qui la croient innée ou acquise ?
- Je pense que l’on porte l’homosexualité en soi, de naissance ou d"éducation, je ne saurai dire... mais c'est un peu comme un gêne prédisposant que, le vécu, la confiance en soi, le milieu, l’éducation vont favoriser ou refouler son expression… Je crois qu’en choisissant l’indépendance à 14 ans, j’ai opté pour mon complet épanouissement… Rester avec mes parents dans des univers clos comme ici aurait sûrement conduit au refoulement…
- Oui, c’est possible… En même temps, je me dis que ces camps sont un terrain de chasse fabuleux pour une prédatrice de femmes…
C’est un véritable gynécée, pas l’ombre d’un homme de toute la journée, les femmes sont entre elles, partageant des activités et des moments d’intimité dont les hommes sont absents…
Nombre d’entre nous sont esseulées, délaissées voire déprimées par une vie où chaque semaine ressemble à la précédente… sans surprises…
Tu pourrais être « LA » surprise, le grain de semble inespéré dans un engrenage trop bien huilé…

Ne me dis pas que tu ne l’as pas senti… ?

Là, pour le coup, Bénédicte m’a complètement bouleversée, c’est un raz de marée en moi, tout cela est sorti avec une telle sincérité, comme si ma révélation venait de soulever la soupape d’une cocotte « d’éternité-minutée » dont le trop plein de pression s’échappait enfin. Elle a dit « nous » face à « déprimées, délaissées, esseulées, vies sans surprises », et « tu » face à « surprise, grain de sable inespéré »… Dois-je en conclure que ? Est-ce un trop bref raccourci... ? Que suis-je censée avoir senti… ?
- Sérieusement… ?
Ne me dis pas que tu n’as pas fait chavirer le cœur et les sens d’une parfaite hétéro dans ce camp ? Tu mentirais…
Je suis bouleversée par son insistance. Que suis-je censée en conclure ? Me tend-elle des perches que je me dois de saisir ou bien suis-je en train de fantasmer à mort comme il y a 10 ans… ?

- Je… je ne sais pas… Si c’est le cas, on ne m’en a pas informée…
- Ah oui… ? Et tu attends quoi ? Un communiqué de presse ? Une sérénade ?

Là, son regard est perçant, immobile, fixe, il me transperce de part en part, mon ventre irradie, mes mains tremblent… Là, je sens… Je crois que c’est ce que j’étais censée sentir… Elle me cherche ! C’est indubitable, là… !
Bon, d’accord, je sens… mais que suis-je censée faire ? Lui sauter dessus ? Oh ben non, j’ose pas… elle a été ma prof, tout de même ! Assez lâchement, je l’avoue, j’entreprends de me défiler… Il y a tout de même une marge d’erreur à ne pas négliger dans ce que j’ai compris de ce que j’étais censée comprendre… Je détourne mon regard un instant et quand je croise le sien à nouveau, les papillons qui viennent d’éclore dans mon ventre se mettent à danser une espèce de sarabande rituelle à la limite des transes, je crois car il me devient très difficile de me concentrer sur autre chose.
Alors, puisqu’on en est aux révélations, à moi d’en rajouter une louche, elle ne s’en tirera pas à si bon compte !

- Tout ce que je sais, moi, c’est que parfois dans une puberté délicate, aux moults questionnements et doutes, une femme a priori hétéro peut aussi être un grain de sable qui bouleverse tout et en même temps révèle ces coins d’ombre, ces incompréhensions qui la peuplaient. Des sentiments et sensations nouveaux jaillissent et expliquent enfin ce désintérêt pour l’autre sexe…
Et cette femme, surtout si elle est emplie de charme et prof de français quand l’on est littéraire comme je le suis, devient votre premier amour à son insu…

Ce coup ci, c’est moi qui semble l’avoir touchée, son regard brille d’émotion, je ne l’épargne pas pour autant.
-  C’est très troublant de vous retrouver aujourd’hui et de pouvoir vous dire : je suis devenue enfin au grand jour ce que vous m’avez révélé de mes ombres… 
C’est troublant d’être face à vous dix ans plus tard et de pouvoir vous dire merci pour ces fantasmes que vous avez nourris, ces rêves que vous avez fait naître, ces nuits que vous avez habitées, ces sensations que vous avez suscitées…
Je n’ai pas tremblé, pas failli un seul instant, je la regarde émue de sentir son émoi grandir, émue de cette deuxième chance que la vie me donne, émue de lui faire part de ma reconnaissance. Les papillons ont du se reproduire entre temps car je me sens littéralement envahie, le ventre irradié par leurs danses tribales.
La bouilloire siffle, sauvée par le gong, Bénédicte se lève pour aller couper la plaque électrique, encore groggy de l’uppercut émotionnel qu’elle vient de se prendre. Je la suis pour l’aider ou la soutenir,  lui prodiguer les premiers soins, je ne saurais dire.
Devant la cuisinière, elle s’arrête, tourne le bouton de la plaque, puis reste un temps figée.

- Excusez moi si je vous ai choquée mais j’avais besoin de vous dire tout cela. Je voulais que vous sachiez tout ce que je vous dois, tout ce qui me lie à vous…
Elle se retourne enfin, le visage bouleversé, les mains tremblantes, incontestablement émue. 

- Je me suis si souvent demandé ce qui m’attachait à toi, pourquoi tu me hantais tellement, pourquoi je t’imaginais grandie et espérais te revoir enfin adulte.
Je me demandais ce que je mettais derrière ces sentiments qui me mettaient mal à l’aise… je m’interdisais d’y penser… Enfin… tu étais à peine adolescente et moi j’étais ta prof !
C’est à moi d’être bouleversée maintenant, l’attirance était réciproque et je n’imagine même pas à quel point ça doit être déstabilisant pour une femme de ressentir tout cela pour une gamine de 14 ans…
Le thé attendra encore, je la prend par la taille et l’attire à moi, soudant son corps au mien. Nos visages baissés sont prés à se toucher, je murmure :
- Ca y est… je suis adulte… le moment est venu…
Je sens son souffle aux bords de mes lèvres, sa peau contre la mienne, c’est encore plus fort que dans toutes mes fantasmagories.
Je happe les lèvres de Bénédicte et nos langues se mêlent avec fougue et volupté. Je sens son corps frissonner et moi, j’en ai mal au ventre de la désirer. Nous nous embrassons longuement dans la cuisine, puis mes mains s’enhardissent sur son corps, caressant sa nuque, son ventre, ses cotes, puis ses seins contre lesquels je m’attarde. Nos respirations deviennent plus courtes, saccadées, nous soupirons entre deux baisers. Je caresse toujours ses seins au travers de son chemisier qu’elle ouvre maladroitement pour m’inviter à m’aventurer sur sa peau nue. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, j’ai dégrafé son soutien-gorge et dénudé sa poitrine que je prends à pleines mains et à pleine bouche.

Bénédicte gémit, la poitrine soulevée par une forte respiration, son coeur battant à la chamade et alors que je continue à exciter ses seins, une main s’aventure dans son bermuda et lui arrache une longue plainte alors que je prends possession de toute ma main de son entrejambe au travers du tissu humide de sa culotte. Je la masse sans vergogne, prenant enfin possession de ce triangle interdit qui m’a tant fait fantasmer.
Elle m’aide à se débarrasser de ses vêtements et nue dans sa cuisine s’offre à moi, s’ouvrant à toutes mes initiatives, sans retenue. A genoux devant tant de charmes, j’ouvre l’arc de ses cuisses pour y enfouir mon visage et échanger avec elle le plus intime des baisers, usant et abusant de l’agilité et de la dextérité d’une langue que j’ai pris soin d’entraîner avant, pour la pousser à défaillir. Adossée à ses meubles de cuisine équipée suédois, ne reposant sur le sol que d’un pied, Bénédicte se cramponne d’une main à la poignée d’un tiroir et de l’autre à ma nuque.

Comme c’est bon, bien meilleur que dans tous mes fantasmes, je goûte sa chair palpitante pour de vrai, j’hume ses parfums les plus intimes pour de bon et lui donne du plaisir en vrai… Elle gémit et soupire alors que mes fantasmes, eux, étaient muets…
Je crois bien que jamais je n’ai pris tant de plaisir à pratiquer un cunnilingus, cet instant est magique, tout mon être n’est plus voué qu’à une seule mission : la faire jouir !
Une main est venue rejoindre ma bouche, l’explorant aussi, titillant les zones délaissées par ma langue et l’autre masse toujours des seins bien plus tendres et réactifs que dans mes rêves. Et puis de deux doigts accolés, le grain de sable que je suis pénètre dans un engrenage bien huilé et il ne faut plus longtemps pour que la surprise explose au beau milieu de la cuisine dans de violents spasmes et un cri rauque.
C’est si fort en émotions cet orgasme que je n’ose espérer depuis dix ans que des larmes coulent sur mes joues, alors que Bénédicte s’est à son tour laissé tomber à genoux prés de moi.

Elle m’embrasse, le regard bouleversant de reconnaissance, comme si elle comprenait enfin ce qui la soudait à moi depuis tant de temps, ce fil indicible à l’époque, ce désir sous-jacent, cette attirance mutuelle que nous avons transféré toutes deux dans mon apprentissage des lettres. Des livres partagés comme des caresses, des définitions apprises comme des serments, des dissertations écrites et lues comme autant de déclarations, deux années où la langue nous avait déjà liées…

Déjà j’essaie d’imaginer le tome 2 et je frissonne, que peut-il arriver de mieux, d’aussi fort que ce qui vient de se produire ? Ne devrai-je pas fuir déjà, passant outre le désir qui me ronge encore les entrailles et l’émotion qui me submerge ?
Bénédicte doit lire dans mon mutisme, mes tergiversations, car elle me ramène à elle, au moment présent.
- Je ne saurais plus m’arrêter maintenant, de vivre ce que tu m’as fait découvrir…
Elle joint le geste à la parole en ouvrant un à un les boutons de ma chemise, sans oser toucher ma peau, palpitante de désir.
- Je me sens si maladroite…
Ses mains s’enhardissent enfin sur ma peau, c’est intolérablement frustrant le temps qu’elle prend à me découvrir.
Etendue sur le linoléum de la cuisine, je perçois par la fenêtre, dans ce ciel d’un bleu que l’on ne voit qu’ici, le soleil au zénith… comme je m’apprête à l’être à mon tour dans quelques instants…

Posté par Vero72 à 21:34 - Nouvelles - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

ah

Posté par 9me, 16 octobre 2007 à 04:21

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